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La part de l’ombre

Depuis longtemps je m’étais demandé comment représenter la montagne de manière satisfaisante.Quelle que soit la technique, les moyens employés, le résultat ne me semblait pas fidèle à mon souvenir. Fallait-il renoncer ? Il m’aura fallu du temps, pour comprendre qu’il était utopique, prétentieux de se croire capable d’une illustration réaliste !

Il devenait indispensable de s’éloigner de cette objectivité impossible, de cette volonté de reproduction parfaite. Voilà tout l’intérêt de notre métier : exprimer sa créativité  avec sa sensibilité, sa subjectivité, sa réflexion et revendiquer un fort parti pris dans ses images.

Ce paysage de montagne n’est-il qu’un prétexte pour révéler une image enfouie dans l’imaginaire ? Sans doute reflète-t-il mieux que toute représentation réaliste  les sentiments qui m’animaient au moment de la prise de vue. Il peut alors prétendre à sa part de vérité.

Parfois une évidence se fait ressentir, besoin de photographier. Le ciel orageux se mêle au monde minéral : il faut photographier la montagne tourmentée ! S’immobiliser quelques secondes, cadrer et déclencher. Comme un tir instinctif.

Encore quelques secondes et tous les sommets et les crêtes alentour disparaissent dans les cumulo-nimbus.

Qui a dit que la photographie de paysage exigeait que l’on prenne son temps ? C’était mal connaître  la montagne ! Les éléments se précipitent. L’appareil est à portée de main.

Cette photographie n’est pas maîtrisée, presque pas voulue ; il y aura des surprises.

Ira-t-elle au-delà de ce que j’aurais pu faire, de ce que j’aurais su montrer ? Tous les espoirs sont permis. Peut-être à elle seule justifiera-t-elle l’ascension.

Serais-je le seul à pouvoir juger de cette sincérité ? Si une personne attentive est touchée par ces images, ou ressent un peu de l’émotion qui fut la mienne face au spectacle que nous offre la montagne, ma démarche ne sera pas restée vaine.

 

 

Bernard Tartinville